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Art de vivre

À chacun son Compostelle

J’ai démarré ma journée avec des larmes ce matin. Larmes de joie, mais larmes quand même…

En ouvrant mon ordinateur, j’ai vu le courriel de ma copine Lise. Son message m’annonçait qu’elle avait atteint, hier, la cathédrale de Santiago, au bout du Camino Francés, Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne. En soi, il n’y avait pas de quoi pleurer. J’aurais plutôt pu lâcher un grand cri de joie à sa santé.

Lise est partie le 1er mai en compagnie d’un petit groupe de pélerins québécois pour faire un bout du Camino, soit de Burgos à Santiago. Elle avait choisi de faire ce voyage sans son conjoint, question de s’imprégner d’un peu de solitude, je pense, et de se rapprocher sans doute de sa maman, décédée auprès d’elle récemment après une longue maladie. Mais au-delà de ça, il y a autre chose qui rend sa route émouvante. C’est que ma Lise… elle est presque aveugle. Elle souffre de rétinite pigmentaire et son champ de vision est extrêmement étroit. Assise en face de vous, à un bras de distance, elle ne voit pas tout votre visage; vos yeux et votre bouche arrivent à peine à se frayer un chemin ensemble dans son champ de vision…

Lise sur le Camino Francés, à 100 km de Santiago.

Je ne lui ai pas demandé la permission mais je ne peux pas résister à l’envie de vous partager tout de même un bout de son message :

« Je suis arrivée devant la cathédrale aujourd’hui à 13h 30 heure de Santiago. Je me suis assise sur les marches de la cathédrale, sous un soleil radieux, avec le sac à dos, les bâtons de marche, les bottines accrochées sur le sac à dos, les sandales dans les pieds, sale, les cheveux comme une botte de foin, et j’ai pleuré comme une enfant pendant plusieurs minutes… Tout ce qui m’a traversé l’esprit en arrivant c’est que rien, rien, vraiment rien est impossible….. J’ai traversé d’un bout à l’autre la ville de Santiago avec le sac à dos et la canne blanche et j’ai suivi les flèches du camino et voilà, j’y suis arrivée…. »

Vous dire que je suis fière d’elle, je suppose que ce serait superflu, n’est-ce pas? Quelle détermination! Quel entêtement! Et quelle inspiration! Bref, j’ai pleuré en lisant son message et je pleurniche encore en vous le racontant. Elle sera de retour samedi et si elle le veut bien, j’ajouterai une de ses photos à ce billet.

En attendant son retour, je vous laisse avec une photo de mon week-end de marche «Un pas vers Compostelle» auquel j’ai participé en septembre dernier (et que je vous racontais dans ce billet). Il y a un de ces week-ends qui commence d’ailleurs ce vendredi 22 mai (détails ici) en compagnie de Luc Desbiens, un passionné de nos forêts, marcheur dans l’âme, qui a aussi foulé le sol du Camino Francés à quelques reprises.

 Dans les sentiers du Spa Eastman

Là-dessus, je vous laisse. Je pense que je vais aller marcher un peu…

Lucie

p.s. : Si vous avez le goût de transmettre un petit mot à Lise, n’hésitez pas à le faire en laissant un commentaire à ce message. Je lui en fera part à son retour…

MISE À JOUR, dimanche 24 mai : Lise est arrivée hier. Je l’ai eu au téléphone, encore toute bouleversée de son voyage et extrêmement émue de vos messages. Elle m’a envoyée quelques photos. J’ai retenu le sourire de la marcheuse…
Dans les sentiers du Spa Eastman