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Cuisine Tonique

D’où viennent nos aliments?

-par Jean-Yves Dionne, pharmacien et conférencier

Au-delà des grands courants alimentaires, une question échappe à l’intérêt de la majorité. D’où viennent nos aliments? Qu’on soit végé ou non, qu’on suive une approche ou une autre, tous nos efforts peuvent devenir caduques si la provenance des aliments et la façon de les produire ne font pas partie de notre réflexion, individuelle et collective.

Par exemple, tous seront d’accord pour dire que les aliments ultratransformés, alias le néfaste food, ne sont pas des aliments à favoriser, que ce soit pour des raisons de santé ou écologiques. Pensez simplement au désastre environnemental que représente l’huile de palme.

De même, a beau être BIO un produit provenant de la Chine, on a de la difficulté à le classer dans la catégorie écologique. Personnellement, je préfère un aliment produit par une ferme de chez nous, à dimension humaine, et qui travaille de façon durable. S’il est certifié biologique en plus, toutes les étoiles s’alignent.

Agriculture saine

L’agriculture régénératrice est probablement le courant qui a le plus d’avenir chez les producteurs et le plus de résonance chez nous. Ce concept est à la fois simple et terriblement à contre-courant des méga-monocultures qui ont cours dans le monde industriel.

Cette pratique nous parle de semis directement dans le sol, de réduction de l’utilisation de machinerie, de l’emploi de compost et de fumier pour nourrir les microorganismes des sols, de biodiversité, de rotation des cultures voire de cultures simultanées d’espèces, etc.1 Une terre agricole en santé, qui utilise ces principes, devient un extraordinaire capteur de carbone.

Faire les bons choix

Penser le patrimoine agricole comme un écosystème demande une volonté, une ténacité et des efforts importants, mais les résultats sont là pour démontrer la valeur des efforts. François Daoust des Bontés de la Vallée, une ferme de légumes biologiques d’Havelock, en Montérégie, affirme : « Régénérer les sols devrait être un projet de société. »2 Et il a tout à fait raison. Pour que nos terres agricoles et nos producteurs participent aux solutions pour contrer le réchauffement climatique et la pollution, nous devons absolument, nous tous, en tant que société québécoise, les encourager.

Comment les encourager? Il faut simplement faire des choix selon nos valeurs et non selon le produit le moins cher. Un peu comme la certification biologique, ces efforts d’amélioration et de durabilité de l’agriculture demandent plus d’énergie, plus de temps, etc. Ils coutent donc plus cher au producteur et, par ricochet, au consommateur. Par contre, qui dit sol en meilleur état, dit aussi légumes et autres aliments plus nutritifs.

Le rôle du fumier et des animaux

L’utilisation de fumier demeure un des outils d’amélioration des sols les plus importants. Les bovins qui paissent du foin dans les pâturages enrichissent le sol avec leurs bouses et travaillent ce même sol avec leurs sabots.

On comprend bien sûr que les parcs d’engraissement où les animaux sont en confinement et sont nourris de maïs ou de soya provenant des états voisins sont aux antipodes des pratiques régénératrices, plus proches des méthodes ancestrales. En bonus, les animaux qui broutent ce que la nature a prévu pour eux sont en meilleure santé que les pauvres bêtes malades de ces usines à viande. Ai-je vraiment le goût de manger la viande d’un animal malade?

On devrait non seulement décrier ces pratiques inhumaines et les boycotter, mais surtout encourager les fermiers d’ici qui font leur élevage avec passion et avec une grande éthique. Une ferme où les bovins mangent de l’herbe, vivent dans un environnement naturel extérieur et changent de pâturage (rotation des cultures) a un effet net de capteur de carbone, au lieu d’être un émetteur.3

L’Art de vivre C’Tonique, c’est aussi ça : se soucier de la provenance de nos aliments et de leurs méthodes de production. Acheter local, stimuler les petits fermiers éthiques en devenant clients, privilégier la qualité des aliments et le bienêtre de l’animal, etc. tous ces petits aspects font de nos assiettes à la fois des outils pour notre santé, des outils écologiques et des outils économiques. Apprenez-en davantage lors de la prochaine semaine Art de vivre C’Tonique, du 13 au 20 mars prochain.

 

Références :

  1. L’ABC de l’agriculture régénératrice, 20mnovembre 2017. La terre de chez nous. https://www.laterre.ca/du-secteur/formation/labc-de-lagriculture-regeneratrice
  2. Poulin MC. Régénérer les sols, une solution aux changements climatiques. Le Bulletin des agriculteurs, 4 avril 2019 https://www.lebulletin.com/actualites/regenerer-les-sols-une-solution-aux-changements-climatiques-98742
  3. Thorbecke M, Dettling J. Carbon Footprint Evaluation of Regenerative Grazing at White Oak Pastures. Quantis Intl. Feb 2019
  4. https://thecarbonunderground.org/
  5. http://designecologique.ca/
  6. http://designecologique.ca/agriculture-regeneratrice-redefinie/
  7. https://regenerationcanada.org/fr/